Trump président à nouveau : que signifie cela pour le Yémen ?
Les élections américaines occupent une place importante dans l’attention mondiale en raison du statut des États-Unis et de leur influence sur le monde. Cependant, ces élections suscitent un intérêt encore plus grand cette fois-ci, car elles sont décisives et portent en elles les germes d’une transformation radicale dans l’une des démocraties les plus puissantes.
Ces transformations ne se limitent pas au domaine intérieur américain. Trump, dans un programme électoral détaillé d’environ mille pages élaboré par la Heritage Foundation, apparaît plus mûr idéologiquement que par le passé. Ce programme révèle une vision claire de ce que sera l’Amérique sous sa direction, avec des projets détaillés visant à transformer l’État profond américain en un État façonné par Trump pour les années à venir. Contrairement à ses prédécesseurs, Trump se prépare à redéfinir les institutions américaines, à en créer de nouvelles, et à recruter environ 24 000 employés à divers niveaux administratifs (les listes sont prêtes, et la fondation mentionnée a déjà mené des entretiens au cours des derniers mois).
Ces changements vont également bien au-delà des États-Unis. Ils incluent une refonte des alliances au sein de l’OTAN, la définition de l’avenir de la rivalité entre les États-Unis et la Chine, la décision sur le sort de la guerre en Ukraine, ainsi qu’une réorientation du conflit au Moyen-Orient. Cette dernière comprendrait des alliances utilitaires coûteuses avec certains pays, une pression accrue sur l’Iran, un renforcement de la position d’Israël et, possiblement, un soutien accru à la Turquie d’Erdogan.
Mais sans répéter ce qui a déjà été dit ailleurs, il est important de s’intéresser à ce qui pourrait se passer au Yémen sous une nouvelle administration Trump, où il disposerait de pleins pouvoirs sans opposition parlementaire pendant au moins deux ans, ainsi que de prérogatives judiciaires sans précédent pour un président américain.
Le paysage actuel au Yémen
Le Yémen est divisé sur le plan des pouvoirs entre le mouvement Houthi et le gouvernement légitime. Ce dernier se trouve dans une situation de coalition contradictoire, avec des capacités économiques fragiles et une dépendance totale à l’aide extérieure.
Les Houthis se sont pratiquement intégrés à l’axe iranien sous le prétexte de soutenir Gaza. Ils sont devenus une menace réelle pour la sécurité internationale et le commerce maritime mondial, ce qui a conduit à des frappes militaires limitées de la part des États-Unis, du Royaume-Uni, voire, pour la première fois, d’Israël, marquant une intervention historique de cette dernière au Yémen.
La situation au Yémen a évolué avec l’arrêt des opérations militaires de la coalition arabe il y a cinq ans. Cette décision visait à accélérer un processus politique laborieux avec les Houthis, qui en ont tiré parti, au moins sur le plan de la propagande, pour se présenter comme une force résiliente et dominante ayant émergé sans être vaincue.
Les États-Unis soutiennent une solution politique au Yémen, mais les ingérences des Houthis dans la navigation internationale ont posé de sérieux obstacles aux efforts de paix, principalement conduits par l’Arabie saoudite.
Ce que pourrait signifier une présidence Trump pour le Yémen
Trump, connu pour son imprévisibilité et son obsession pour les gains absolus, cherche à renforcer la position des États-Unis dans le monde. Lors de son premier mandat, il a évité les guerres directes, leur préférant des accords non conventionnels.
Certains espèrent qu’un changement d’administration américaine relancerait le conflit au Yémen, permettant au gouvernement légitime de recevoir un soutien diversifié. Cependant, Trump est peu enclin à engager des troupes américaines dans des guerres ou à supporter seul les coûts d’une intervention militaire au Yémen. Il est également improbable qu’il s’oppose à la réticence saoudienne à reprendre les combats, notamment au Yémen.
Ainsi, relancer une guerre avec le soutien des États-Unis sans un acteur prêt à en assumer les coûts reste peu probable, d’autant plus que les forces légitimes yéménites sont divisées, notamment en raison de la position du Conseil de transition du Sud, qui résiste à toute nouvelle formule politique après la fin d’un éventuel conflit avec les Houthis.
Le rôle potentiel d’Israël
Un nouvel acteur dans cet équilibre est Israël. Pour Netanyahu, atteindre une victoire absolue implique de neutraliser les menaces régionales, y compris celles des Houthis. Israël, avec le soutien éventuel de Trump, pourrait intervenir militairement au Yémen pour cibler des positions houthis. Une telle intervention, bien qu’elle serve les intérêts israéliens, pourrait créer des difficultés pour le gouvernement yéménite en renforçant temporairement la popularité des Houthis sur le plan national.
La stratégie des Houthis
Conscients du risque de représailles militaires, les Houthis pourraient réduire leurs menaces à l’encontre de la navigation internationale afin d’éviter des frappes internationales. Trump pourrait intensifier les sanctions contre le groupe, mais cela ne suffirait probablement pas à éradiquer leur mouvement. Au contraire, les Houthis pourraient chercher à gagner du temps en adoptant un plan de paix soutenu par l’Arabie saoudite, évitant ainsi un affrontement militaire tout en consolidant leur position.
Le Yémen dans la stratégie iranienne de Trump
Si Trump intensifie la pression sur l’Iran, les Houthis, en tant qu’alliés clés de Téhéran, pourraient devenir une cible majeure. Toutefois, frapper les Houthis isolément pourrait ne pas profiter directement au gouvernement yéménite, en particulier si ce dernier manque de capacités pour exploiter de telles frappes sur le terrain, militairement ou économiquement.
Les défis pour le gouvernement yéménite
Fragmentation interne : L’absence d’unité politique et militaire parmi les forces pro-gouvernementales limite leur capacité à tirer parti des opportunités qu’une administration Trump pourrait offrir.
Relations internationales : Le gouvernement yéménite doit établir des canaux de communication directs avec l’administration Trump et ses conseillers pour s’inscrire dans leurs priorités stratégiques.
Préparation stratégique : Le gouvernement doit agir sur deux fronts :Diplomatique : Réviser les termes du processus de paix actuel pour éviter une militarisation accrue du Yémen.
Militaire : Imposer une reprise du conflit, impliquant des acteurs régionaux et internationaux, ce qui nécessite une préparation rigoureuse et une unité pour l’instant absente.
Conclusion
Le retour de Trump à la présidence pourrait offrir une opportunité de changer les équilibres de pouvoir au Yémen. Cependant, sans unité interne, des alliances internationales solides et une préparation adéquate, le gouvernement légitime yéménite risque d’être marginalisé dans les manœuvres régionales et internationales. Une approche proactive est essentielle pour éviter une détérioration supplémentaire et assurer un avenir stable pour le Yémen.
* un billet posté sur mes comptes de Facebook et X puis repris par des sites de presse comme almasdaronline
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