La paix aux traits flous

Pendant trois jours se sont déroulés les événements de la saison 2 du Forum yéménite international la Haye coorganisée par Sanaa Centrer et le ministère des Affaires étrangères de Pays-Bas. Encore un évènement important parlant de la « fabrication » de la paix au Yémen.

J’ai eu la chance d’aller à La Haye au début de la semaine dernière où j'ai rencontré - en marge dudit Forum - des amis et appris à connaître des Yéménites et des non-Yéménites venus parler du Yémen, de ses souffrances, de ses griefs, de la paix, de la stabilité et des défis.

J'y étais en tant que non-participant, mais j'étais content de chaque minute passée dans les couloirs de l'endroit où se tenait le forum.

J'attendrais un moment propice pour en écrire longuement sur mes impressions, qui se sont formées à partir de rencontres intenses et rapides. Cependant, je souhaite dans ces lignes évoquer deux points :

Premièrement : je n'ai aucun doute sur les intentions de la communauté internationale de construire la paix au Yémen. Je trouve que ces efforts doivent être pris au sérieux et bien compris. Il faut s’y engager et ne pas manquer.

J'observe ces efforts de construction de la paix depuis leur début, et je vois qu'ils se rapprochent progressivement de l'essence du problème au Yémen, et peut-être que dans cinq ou huit ans, on finira à bien comprendre le Problème yéménite et trouver des solutions rationnelles qui établissent une paix et une stabilité durables au Yémen et qui répondent aux aspirations des Yéménites à un État de droit et d'égalité.

là, il s’agit de temps. Que du temps.

La raison du long parcours pour comprendre le Yémen, et donc proposer des solutions efficaces, n'est pas due à de mauvaises intentions en principe, mais il existe d'autres raisons qui sont un mélange de facteurs subjectifs et objectifs.

En effet, celles et ceux qui travaillent sur le dossier du Yémen ne sont pas nécessairement les personnes qui ont passé de nombreuses années à étudier les problèmes épineux d'un pays sur lequel peu d'écrits ou d'attention ont été portés.

La nature des emplois de celles et ceux qui se soucient temporairement du Yémen ne permet pas d'y investir toute son énergie, car au bout de deux ou trois ans, ces employés vont partir dans un nouveau pays et travailler sur un autre dossier. Il se rendre compte de cette muabilité et de son impact sur les outputs attendus d’un employé qui sait dès qu’il remplit son poste qu’il le quittera aussi vite pour jamais.

D’ailleurs, ces emplois très exigeants et électifs contribuent à la création d’un cercle fermé établi en vertu d’un mode de pensée de classe ; déconnecté de la réalité de la communauté sur laquelle on travaille du fait des conditions de sélection de l’employé et des conditions matérielles et juridiques d’exercice du travail.

Sachant que le produit final attendu par celles et ceux qui exercent ces métiers est une production intellectuelle qui n'est pas tant soumise aux critères de la recherche qu'à la logique de la décision politique. Cette décision politique est régie par des équations géopolitiques.

De plus, les actualités ne cessent pas de se produire et de s'accélérer, il est donc difficile pour un Yéménite lui-même de les appréhender.

Abordant la représentativité et ses batailles interminables. Choisir qui parlera n'est pas facile car les voix les plus hautes ne sont pas forcément les plus compréhensives ou les plus honnêtes. Ces types de voix ne sont pas nécessairement immergées d’un engagement patriotique et des préoccupations modernisatrices. Elles se réclament de droit et représentatives munies de leurs préjugés et imagination établie envers des concepts tels que l'État, la république, la patrie, la paix, la guerre, l'unité de la paix, la justice, l'égalité et la citoyenneté. Nous sommes en face de concepts controversés et de représentations divergentes.

En outre, la sélection de participants à n’importe quel évènement de la construction de la paix au Yémen n’échappe pas aux tamis du relationnel, de perso et régie par des compétences linguistiques restreintes, à savoir l’hégémonies de l’anglais et de la capacité de faire croire appartenir à un concert international dans la forme et dans le fond.

Deuxièmement : Le processus de construction et de consolidation de la paix s'est transformé au fil du temps en une profession régie par un système juridique. Mais il s’agit d’une profession qui tâche également de se construire un cadre de valeurs qui lui est propre. Ce système juridique et ce cadre de valeurs sont incomplets jusqu'à présent, et ils sont de nature très flexible d’autant plus soumis au droit de la force en fin de compte.

Quand nous disons un métier, nous entendons la transformation en une série de procédures techniques et bureaucratiques, l'achèvement de la structure technique en est une fin en soi, un succès et une source de fierté, même si le résultat n'atteint pas la paix envisagée.

Objectivement, la longue durée de la guerre, la disparité des objectifs des interventionnistes et ce qui se passe dans les procédures d'intervention sont le résultat de l’inconstance, de l'insouciance et de l'erreur de jugement.

Les acteurs impliqués au Yémen ne sont pas donnés une stratégie bien établie d’implication et donc se livrent à une manœuvre hasardeuse de sortie. Outre l'accélération des événements et l'imbrication d'un problème à l'autre, qui conduisent à l'errance lors de la saisie de multiples détails, la vue d'ensemble et le chemin du retour sont donc perdus.

Il est donc difficile en ce moment de rendre un aperçu de ce qui se passe au Yémen. Tout est embrouillé. On a commencé par un coup d'Etat contre le consensus national, et là on finit par une multiplicité de projets de fragmentation, à détermination d’anéantir l’Etat yéménite, afin que le pays soit divisé, que le Yéménite tombe malade, et que son parcours civilisationnel soit perturbé.

Face à ce diagnostic que je propose, j'ai également mis en avant la nécessité de renforcer les mécanismes de construction de la paix au Yémen en tenant les parties yéménites à une réelle responsabilité juridique, constitutionnelle et éthique. Sans engagement aux niveaux national et local, le tableau ne sera pas complet et le chemin de sortie ne sera pas tracé, surtout si les Yéménites effacent délibérément les traces de la route de départ qu’ils viennent de parcourir.

Quiconque assiste à ce genre d’événements doit cesser de marmonner, de faire de la courtoisie et de piété au détriment d'élucider la réalité ; comment cela se passe, ce que cela signifie, et comment sont les sacrifices des Yéménites à payer pour leur aspiration, et pour quoi ?

Ceux qui croient en un projet politique inclusif, juste, fédéral ou national doivent avoir le courage de participer et de proposer leur projet sur toutes les plateformes en toute transparence et sobriété. Ils sont de se débarrasser de la peur ; Peur de mettre en colère les « amis » ou d'être exclu des événements et forums internationaux. Ils doivent affronter ouvertement et honnêtement les projets avec lesquels ils ne sont pas d'accord et mais de politiquement correct tout en s’attachant au partenariat établi dans la conscience de le préserver, respecter et de respecter son contenu sans le dénaturer.

Un mot au gouvernement qui prétend représenter les Yéménites. Il doit assumer cette responsabilité, sortir du creuset des partages des intérêts et de la soumission totale à la volonté de puissances externes. Il est temps de cesser de revendiquer la vertu de grand indulgeant au prix de sa destruction.

L’enjeu ne se joue pas sur la marge de profit, mais il se joue sur la l’exitance yéménite, et c'est un défi qui demande courage, sincérité et conscience historique, et qui exige de se débarrasser des rancunes du passé et regarder vers l'avenir.


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